De Lettres Vives à Réponse(s), un chemin de création plurielle

Texte de Juliette Kempf publié dans la revue Chimères, numéro "Folies en partage", sous la direction de Monique Zerbib


Ce texte retrace l'ensemble du parcours de création mené à partir des lettres censurées de l'asile de Volterra, du spectacle Lettres Vives à l'installation Réponse(s), en passant par de nombreuses médiations culturelles en milieu psychiatrique et un voyage essentiel à Volterra. Il constitue l'une des pierres fondatrices du récit qui sera ensuite publié en 2026, La fiancée de papier.


Italie, collines dorées de Toscane, Volterra. Asile psychiatrique déserté, abandonné, interdit. J’y entre à pas de loup. Ville fantôme dans la ville. Entre les débris de tuiles tombés du plafond, les paquets de choses anciennes et diverses qui voulurent, peut-être, servir de nouveau, entre les émiettés de mur, de plâtre, de fer partout au sol, est déposé un bouquet de roses. Il exhale son parfum, et son souvenir. Il a l’odeur d’une main tendue, d’une main qui donne. Il s’offre lui-même. Ses roses, invisibles, je les imagine blanches. Elles sont blanches, de toute évidence. Elles sont destinées, in omaggio a tutte le più belle. En hommage à toutes les plus belles.

À quelles belles ? Aux belles pensionnaires, internées à vie le plus souvent, de l’asile San Girolamo ? Aux belles âmes, femmes et hommes, belles oubliées, dont les simples mots de papier ne parvenaient pas au dehors ? Aux belles lettres, courriers envolés sans terre d’accueil, pourtant bien pourvues de destinataires, pourtant bien adressées.

À qui s’adressent ces quelques mots peints sur une pancarte de bois, à côté de ce bouquet disparu, je ne le sais pas. En un instant je les reçois, à défaut d’avoir véritablement osé recevoir une des lettres de Volterra. En un instant, ils creusent ma direction. Sous les décombres, toujours, existent les pépites. En fouillant les lieux du gouffre, se révèle ce qui vit, bat, éclaire, s’anime – quand le vivant perce les murs. [...]

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